Quelle formation pour quelle indexation ?

Indexation et visibilité des ressources pédagogiques : un enjeu pour la valorisation du patrimoine pédagogique des établissements d’enseignement supérieur.- séminaire du Ministère de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur, 26-27 mars 2007, Paris.

Intervention d’Annaïg Mahé (Urfist Paris) et Michel Roland (Urfist Pacac)

Le modèle « catalogage »

On est spontanément enclin à concevoir l’indexation des ressources pédagogiques sur le modèle de l’indexation documentaire, c’est-à-dire sur le modèle du catalogage (description bibliographique et indexation du contenu). D’une part parce que les finalités semblent analogues, d’autre part parce que le catalogage présente un modèle stable et éprouvé, rassurant. Les finalités semblent analogues : dans les deux cas il s’agit à la fois de décrire la ressource et de l’indexer au sens strict, c’est-à-dire d’en décrire le contenu au moyen de mots-clefs ou de descripteurs. Sur les ressources documentaires, ce travail est réalisé par des professionnels comme un moment du cycle documentaire, comme un segment défini et relativement clos du processus d’intégration du document indexé dans les collections de l’organisme. La formation au catalogage se fait, corrélativement, selon un modèle assez stable et éprouvé. En particulier les Centres de Formation aux Carrières des Bibliothèques prennent en charge la formation au catalogage pour les SCD. On peut donc concevoir la formation à l’indexation des ressources pédagogiques selon ce même modèle et même, si l’on considère qu’il s’agit au fond du même métier, comme un cas particulier ou comme une spécialisation de la formation au catalogage.

On doit néanmoins se demander si cette analogie entre l’indexation des ressources documentaires et l’indexation des ressources pédagogiques n’est pas illusoire ou du moins si sa valeur n’est pas limitée et examiner pour cela les spécificités des ressources pédagogiques par rapport aux ressources documentaires « classiques ». Avant de ce faire, on peut remarquer que le modèle « catalogage » a été conçu du temps du papier et que la numérisation des ressources documentaires « classiques » a déjà commencé à le mettre à mal, à en contester l’exclusivité: l’accès aux périodiques électroniques ne passe plus, au sein de nos établissements, exclusivement, ni même majoritairement, par le catalogue. L’intégration au sein des portails documentaires des portails d’éditeurs, des méta-portails comme celui du Sudoc, c’est-à-dire l’intégration dans un service local d’indexations faites ailleurs, pose aux services documentaires des exigences très différentes et plus complexes que le traditionnel travail de catalogage.

Les spécificités de l’indexation des ressources pédagogiques

Sans prétendre à l’exhaustivité, il nous semble distinguer trois spécificités fortes des ressources pédagogiques par rapport aux ressources documentaires classiques, spécificités dont on peut résumer la caractéristique commune en disant que le statut documentaire de la ressource pédagogique n’est pas fixé, qu’il est divers et variable. En d’autres termes que toutes les ressources pédagogiques ne peuvent pas être considérées comme des « documents » au même titre qu’un livre ou qu’un périodique (ou qu’un article de périodique) avec ce que cela suppose de pérennité, de stabilité et d’autonomie, d’autosuffisance. De plus entre elles, les différentes ressources pédagogiques présentent des différences importantes, essentielles quant à ce statut documentaire (ne serait-ce que par rapport à leur dépendance plus ou moins grande à l’égard d’une prestation pédagogique en présentiel).

Première spécificité (intra)

une ressource pédagogique peut (et doit?) être envisagée selon des niveaux de granularité multiples, selon des logiques de réutilisabilité plus complexes que la granularité à deux niveaux des ressources documentaires classiques (titre vs. article/chapitre). La plupart des ressources pédagogiques intègrent en leur sein des sous-unités de natures différentes entre elles et qui peuvent elles-mêmes être une agrégation d’unités plus fines: schémas, diapositives, exercices, extraits textuels, QCM, documents audio, bibliographies, etc. La description et l’indexation de ces sous-unités est dans la plupart des cas souhaitable pour des questions d’autorité (elles peuvent être – et sont souvent – extraites de ressources externes pédagogiques ou autres) et de réutilisabilité.

Deuxième spécificité (extra/inter)

une ressource pédagogique est rarement autonome, à la manière dont est autonome un livre ou un article de périodique. En particulier elle est généralement liée à une activité et un projet pédagogique soit au sein de son établissement de production, soit au sein de son établissement d’utilisation. En simplifiant on pourrait dire qu’autour d’une ressource pédagogique, on a toujours au moins trois acteurs: un apprenant, un enseignant et un auteur, même si les deux derniers peuvent être une seule et même personne. L’indexation des ressources pédagogiques doit donc intégrer une description non seulement du contenu intellectuel mais aussi de la visée pédagogique, à commencer par le niveau d’études correspondant à ladite ressource. En outre, au sein d’un système d’information général, la « brique » que représente le système de gestion des ressources pédagogiques va interopérer avec d’autres « briques »: système d’information documentaire, pour l’extraction des bibliographies, système de publication des formations et curricula, etc. De ce point de vue, l’indexation des ressources pédagogiques relève de la logique des métadonnées.

Troisième spécificité

(qui est une conséquence des deux précédentes quant au workflow): si l’investissement relativement lourd, que représentent la description bibliographique et l’indexation d’un ouvrage ou d’un périodique, se justifie par la pérennité et le statut documentaire stable de la ressource au sein d’une collection, on peut se demander s’il se justifie pour toutes (la plupart?) des ressources pédagogiques. De plus la dépendance d’une ressource pédagogique à l’égard d’un projet pédagogique ainsi que l’interopérabilité souhaitable des métadonnées générées par son indexation demandent pour celles-ci la mobilisation de compétences qui ne sont pas strictement documentaires. On peut donc être amené à penser pour les ressources pédagogiques (certaines d’entre elles) un modèle de procédure d’indexation différent du modèle catalogage, et dans lequel l’indexation ne correspond pas à un segment précis et bien délimité du processus de traitement documentaire ; elle va, au contraire, intervenir à plusieurs moments du processus, voire l’accompagner tout du long, tandis que les trois acteurs distingués plus haut interviennent avec l’acteur bibliothécaire ou documentaliste. Devient alors partiellement pertinent un modèle très différent de celui de catalogage, le modèle de l’indexation sociale (folksonomies).

Ces spécificités amènent à penser que si le modèle « catalogage » peut se justifier pour certaines ressources pédagogiques, d’autres modèles sont souhaitables, qui supposent des modalités d’intervention du métier documentaire fort différentes : le professionnel n’intervient plus directement sur l’indexation (sur la production de métadonnées) ou seulement sur une partie de celle-ci mais plutôt à titre de régulateur, de validateur et de formateur ; et il est amené à travailler avec d’autres, à la fois au moment de la définition des projets d’indexation, voire des projets de mise en ligne des ressources, et au moment de l’indexation des ressources individuelles.

Quelle formation?

Cette diversité d’interventions possibles du métier documentaire dans le processus d’indexation impliquerait une diversité des stratégies de formation. La formation doit correspondre aux entreprises d’indexation mises en oeuvre et se caler sur les procédures successives (workflow) et les finalités définies pour celles-ci. On peut néanmoins dégager deux grandes lignes assez nettes: la formation à l’indexation elle-même, c’est-à-dire à la ou aux DTD de référence (LOM, SCORM…), sur le modèle du catalogage sans doute mais avec une orientation métadonnées, mais aussi une formation à la problématique évolutive de l’indexation des ressources pédagogiques, qui se donne comme objectif la connaissance des possibles, l’appropriation de la veille et de la prospective, comprenant aussi l’initiation aux nouvelles formes d’indexation des ressources numériques, ontologies et folksnomies.

Cette formation à la stratégie permettrait aux services documentaires de s’adapter à un contexte où les solutions d’aujourd’hui seront très vite obsolètes et de réagir vite à l’évolution des projets de leurs établissements voire d’instruire et d’accompagner cette évolution. Cela permettrait aussi d’intégrer cette problématique spécifique dans un contexte plus large, prenant en compte les notions et les enjeux de propriété intellectuelle et de l’ingénierie pédagogique. Inutile d’ajouter que ce qui est vrai pour les ressources pédagogiques l’est aussi pour d’autres domaines, avec moins d’urgence peut-être pour le catalogage, mais que dire de l’indexation des thèses, des mémoires et des articles auto-archivés?

Dans ce cadre, les contenus et les objectifs de cette deuxième ligne de formation correspondent assez précisément au champ d’activité des Urfist : dans le domaine de l’indexation, nous réalisons des formations à un niveau plus générique: ontologies, folksonomies, usages. Par ailleurs, dans le contexte spécifique des ressources pédagogiques (ou plus général des ressources numériques), l’indexation relevant de moins en moins de la compétence exclusive du métier documentaire, les formations dispensées dans ce cadre peuvent aussi s’adresser aux enseignants (comme producteurs de ressources pédagogiques ou comme utilisateurs/évaluateurs), qui constituent une autre part du public naturel des URFIST. Ceci offre l’opportunité d’expliciter les jargons spécifiques aux différentes communautés d’acteurs concernés et de créer ainsi une base de vocabulaire commun, préalable nécessaire à la mise en place de procédures complémentaires, voire collaboratives.


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