Pratiques numériques dans le contexte de la gestion de contenu web

(En fond projection muette du clip de Michael Wesch: The Machine is us/sing us)

Sur fond de ce clip, qui est devenu un classique du web, je vais formuler un certain nombre de propositions et de conséquences pratiques pour nos projets et pratiques numériques. La forme est dogmatique pour faire court et simple mais ce ne sont que des propositions contestables.

Ce qu’explique ce clip, tel que je le comprends, c’est qu’au fond le web 2.0, c’est la gestion de contenu web.

Qu’est-ce que la gestion de contenu web?

1. La gestion de contenu web, c’est la séparation de la gestion de la forme et de celle du contenu.

1ère conséquence pratique: tout projet de mise en ligne de contenu numérique doit penser de façon distincte la conception et la gestion de ses réservoirs de données et la conception des interfaces d’accès (en lecture et/ou en écriture) à ces données.

2. La gestion de contenu web, c’est la généralisation de la mise en bases de données (de l’information, etc.) [cf. définition de Christian Fauré]

2ème conséquence pratique: ce qui est spécifique d’une organisation (d’un établissement, d’un groupe…), ce sont ses données. La priorité doit donc être à ce qui ne peut pas être fait ailleurs: le recueil, la structuration et l’équipement des données.

2b. Deviennent ainsi exploitables toutes sortes de données qui n’étaient jusque là pas jugées dignes d’un traitement documentaire (indexation -> tagd, folksonomies…)

D’où:
– brouillage des frontières entre producteur et consommateur,
– brouillage des frontières entre professionnel et personnel,
– brouillage des frontières entre individuel et collectif.

(Brouillage des frontières ne signifie pas indistinction ni fin de l’expertise, ça signifie ouverture d’une nouvelle zone intermédiaire où inventer de nouveaux positionnements, de nouvelles pratiques et de nouveaux rôles.)

Les systèmes de réseaux sociaux (SNS) fonctionnent massivement sur cette zone intermédiaire.

3ème conséquence pratique: vos usagers peuvent et souvent aspirent à devenir acteurs de vos données. Vous devez favoriser cette aspiration: ce seront alors vos usagers, plus que vous, mieux que vous, qui vont animer vos données (ne savons-nous pas, nous bibliothécaires, que ceux qui animent les livres, ce sont leurs lecteurs, et non les bibliothécaires qui les achètent, les rangent et les cataloguent).

3. La gestion de contenu web, c’est le partage des données et leur exploitation hors de leur milieu d’origine (par le biais des flux de syndication notamment).

D’où: vos utilisateurs les plus avertis ne voudront pas venir « lire » chez vous vos données, ils voudront que vos données viennent chez eux. (Une « bibliothèque numérique » n’est pas une bibliothèque, c’est un réservoir de données.)

4ème conséquence pratique: il est donc nécessaire d’être averti sur ce que pourront être les « chez soi » des utilisateurs et de s’assurer que les outils existent qui permettront à vos utilisateurs de s’emparer de vos données, de se les approprier.
La veille et l’usage des outils de communication, de partage et d’échanges (blogues, SNS, bookmarking social…) n’est pas un luxe, c’est une nécessité, qui doit être reconnue et intégrée dans les processus de travail.

5ème conséquence pratique: un soin particulier est à apporter à ces outils qui font le pont entre vos données et les interfaces, les lieux familiers et les « chez soi » de vos utilisateurs (pages personnalisées, Information Workplaces, ENT): fils rss, formats d’export, widgets…

Un projet de publication de contenu web implique ainsi 3 chantiers: le réservoir de données, les interfaces et les outils d’échange et de syndication.

(Attention cependant: je parle des « utilisateurs les plus avertis », ils ne sont pas forcément, ni même vraisemblablement les plus nombreux. Vos données doivent être accessibles aux différents niveaux de pratiques numériques de vos usagers. En particulier le portail reste nécessaire.)

4. Le web 20, en multipliant les acteurs, les données et l’utilisabilité des données, en multipliant les possibles, accélère les développements et l’innovation.

D’où: les applications 2.0 sont en « béta perpetuel » (les meilleurs testeurs sont les usagers « pour de vrai »).

D’où: un choix d’outil est toujours provisoire.

6ème conséquence pratique: il faut toujours dans la mesure du possible garantir l’interopérabilité (et c’est du côté des données que ça se passe). Le travail réalisé avec un outil doit pouvoir être repris à l’aide d’un autre outil de même nature (formats, import/export). Ceci est vrai aussi bien pour vos collections numériques que pour vos pratiques personnelles (veille et communication).

Une fois encore pardonnez la forme dogmatique de ces propositions. Elles ne se veulent pas définitives: comme le dit Lisa Efimova (via Olivier Ertzscheid): « We have to learn to let go the fear of making mistakes in public and learn how to make mistakes gracefully. » « Nous devons désapprendre la peur de faire des erreurs en public et nous devons apprendre la manière de reconnaître nos erreurs sans mauvaise grâce. » (J’adapte un peu.)

En quelque sorte nos idées, nos thèses, nos propositions aussi sont en « béta perpétuel ».


4 Responses to “Pratiques numériques dans le contexte de la gestion de contenu web”


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