Couperin, Elsevier et Olivier T. (commentaire)

28Juin09

(En commentaire du billet d’Olivier Tacheau sur son blogue.)

Quelques points de discussion:

orienter le département Etudes et recherches sur des projets-actions, soit privilégier le développement plutôt que la prospective

Si le département « Etudes et prospective », créé à partir du « groupe technique », a pris ce nom, c’était justement pour se poser sur un autre terrain que celui de l’opérationnel. A cela plusieurs raisons qui me semblent toujours d’actualité: d’abord le fait qu’il existe déjà des unités chargées de l’opérationnel. Au moins quatre: l’Inist, l’Abes (et depuis les missions de l’Abes ont été redéfinies et précisées ce qui positionne encore mieux l’agence sur le terrain opérationnel qu’elle ne l’était à l’époque), l’Amue (et à l’époque déjà, à propos de l’Amue on commençait à se rendre compte qu’on avait moins besoin d’un centre de développements que d’un organe de coordination) et le CCSD. Vouloir investir Couperin de mission de développements aurait impliqué, outre l’encombrement du paysage et les conflits de compétence éventuels, le dégagement de moyens spécifiques, y compris en termes de personnels, qui auraient pu remettre en cause la nature associative du consortium et auraient limité sa liberté à l’égard de la tutelle. Enfin le besoin paraissait urgent de développer une expertise et une prospective en liaison avec ce qui restait le métier principal de Couperin, à savoir l’acquisition de documentation électronique. Il devenait évident que les dossiers ne pouvaient se limiter aux questions financières et qu’il fallait intégrer dans les négociations les aspects techniques et juridiques, voire politiques.

Les discussions que je lis dans les commentaires de ton billet me convainquent que le besoin reste d’actualité.

assister à des comités, commissions, conseils et autres journées d’étude n’a jamais formé à mes yeux une quelconque action, juste à peine une occupation pour remplir les agendas

C’est une caractéristique bien française que l’allergie au souci institutionnel et je crois que tout fonctionnaire de catégorie doit avoir dans sa besace de citation « Lorsqu’on veut enterrer un problème, on crée une commission ». C’est bien dommage parce que les partages de souveraineté, les coopérations complexes impliquent un soin institutionnel et un respect de ce soin. Evidemment lorsqu’on considère ces montages comme des gesticulations politiques, on se donne toutes les chances de les rendre tels. Au lendemain de la signature du protocole d’accord pour un pilotage partagé de l’archivage ouvert, on a entendu tel responsable proclamer que tout ça était politique et n’aurait pas de conséquences sérieuses sur la gestion de la plateforme. Après ça on peut ironiser sur le GTAO, etc., le fait est qu’à la tribune de la réunion des dir. de BU, le 6 juin dernier, revient, à propos de l’archivage ouvert, le rappel de la nécessité d’un pilotage partagé. Et je vois mal comment on peut mettre en place un pilotage partagé sans un minimum de montage institutionnel un peu complexe. Et ce que je dis là de l’archivage ouvert est métonymique (voir la structure institutionnelle du JISC).

Pour ma part, j’ai essayé de rentrer dans le BP en 2003 (à l’époque sur cooptation) et en 2006 (par élection) : sans succès. J’ai été approché l’an dernier pour succéder à Pierre Carbone et ai décliné la proposition, car je me pensais ne pas correspondre à la voie institutionnelle et bureaucratique prise, de façon irréversible, par Couperin.

Pardonne-moi, mais je trouve un peu étrange ta stratégie qui consiste, après 2 échecs, à te retirer au moment où le succès est à portée de mains. (Et quant à « irréversible », ça me semble un peu arbitraire. Je vois ça de l’extérieur aujourd’hui mais il me semble que l’évolution du ministère rend plus facile l’autonomie du Consortium qui n’est plus sous le regard sourcilleux et suceptible d’un sous-directeur.) En coordinateur du bureau, tu aurais été bien placé pour orchestrer un boycott national de SD, non?

Pour Elsevier, je ne serais pas contre un désabonnement national et pourquoi pas mettre les 11,6 millions d’euros dégagés à la disposition de la communauté scientifique pour se structurer et créer une offre scientifique alternative.

C’est velu dit comme ça mais un peu court: qui est l’agent du « désabonnement national »? le ministère, Couperin? les directeurs de BU? Et les chercheurs? Parce que tout de même, ce qui sort du robinet, c’est pour eux. Comme le dit un de tes commentateurs, tes 11,6 millions seraient fissa repris par les labos pour reconstituer leurs abonnements (on oublie un peu vite les sommes mises par le CNRS dans SD et consorts pour ne pas laisser le monopole de l’acquisition aux Universités/SCD). Parce que le scénario: on coupe la recherche française d’une des sources principales d’information scientifique le temps de construire une « offre scientifique alternative » (et avec un budget de 11,6 millions d’euros!), je le sens pas bien. Je crois me souvenir qu’il y a quelque temps des BU américaines, devant les exigences exorbitantes d’Elsevier, avaient décidé de ne pas reconduire l’abonnement mais elles avaient fait en sorte de mettre en place une solution de remplacement pour leurs chercheurs et obtenu leur accord sur cette alternative qui passait par le PEB, c’est-à-dire par le remplacement de l’accès instantané par un accès différé. Et une bonne partie de l’argent dégagé par le désabonnement était consommé par cette solution de remplacement. Je ne sais pas trop quels ont été les résultats de cette stratégie (si quelqu’un a des infos…) mais ce qui est sûr, c’est que pour être mise en oeuvre elle a dû demander la mise en place de quelques commissions et groupes de travail.

(PS. Je précise, pour ce que ça vaut, que j’estime Olivier pour l’un des plus remarquables directeurs de SCD français. L’une de ses moindres qualités n’est pas d’avoir su donner aux individualités brillantes qu’il a eu sous son autorité un espace où ils ont pu donner leur mesure. Résultat: depuis plusieurs années déjà, si l’on veut mesurer ce qui est possible en termes d’innovation, on jette un coup d’oeil du côté d’Angers.)



11 Responses to “Couperin, Elsevier et Olivier T. (commentaire)”

  1. 1 tacheau

    Salut Michel,

    Nous ne sommes en effet pas d’accord sur les missions et le rayon d’action de Couperin qui, à mon sens, n’a jamais su clairement définir son rôle et concentrer ses forces et je ne suis pas sûr que l’effacement du joug ministériel ne conduise le consortium à vouloir récupérer de nouvelles prérogatives. Rappelle-toi les logiques d’endiguement et de récupération-intimidation fortes qui ont toujours prévalu au sein de Couperin (le livre électronique ? c’est nous, attention les ERM’s c’est nous, oups, les archives ouvertes ne doivent pas nous échapper, quant à l’ERE…) sans parler des « interdictions » internes sur telle ou telle option à prendre.
    C’est une mauvaise méthode qui met Couperin partout et finalement nulle part et affaiblit les autres partenaires du champ professionnel : ENSSIB, URFIST, ADBU, ABES

    Ce que je reproche, c’est donc le mimétisme de Couperin à constamment reproduire des logiques de contrôle et d’organisation proche des institutions publiques. Un exemple récent : le cahier des charges pour la refonte du site et le choix d’un appel d’offre ! C’est louable mais totalement inutile, voire disproportionné pour refaire un site associatif, et plutôt contreproductif sur le plan des délais et des finances…

    Le principal échec selon moi : l’incapacité à rendre Couperin visible et à intégrer enfin les problématiques de l’IST au sein de la CPU. Pour cela, il faudrait des réalisations claires et un choix prioritaire d’actions avec un début, un milieu et une fin sur lesquelles communiquer et un président de poids au sein de la CPU, ce qui n’est pas le cas.

    Pour le reste, je me rends compte avoir toujours préféré les petits groupes « commando » (une déformation angevine…) aux grandes armées mexicaines ! Donc point de regret sur mon hypothétique rôle au sein du BP…

    • 2 MRG

      Oui, et bien nous ne sommes pas tout à fait en désaccord (ce qui n’est pas franchement étonnant): bien définir le rôle du Consortium, tout à fait d’accord (encore que ma réaction était sur ce point plutôt « historique »). Mais justement la définition du département « Etudes et prospectives » lorsqu’il a été créé avait bien cette fonction. D’une certaine façon lorsque tu appelles le département à s’engager dans l’opérationnel tu te contredis. Pour le reste je n’ai pas la même vision du fonctionnement du consortium du moins au temps où j’y exerçais, peut-être parce que le « milieu » du département E&P n’était pas exactement le même que celui du dpt « Négo ». Tu dis « les archives ouvertes ne doivent pas nous échapper », en réalité la question des archives ouvertes était très loin d’être d’actualités lorsqu’en amont du dpt E&P on a constitué le groupe technique, lequel avait déjà dans son agenda la question des archives ouvertes (on disait alors « ressources alternatives »). Présenter l’implication du consortium sur ce terrain comme de la récupération n’est pas exact. Je pourrais dire qqchose d’analogue sur les ERMs.
      Sur les conséquences de l’effacement du joug ministériel, si je me permets d’être plus optimiste que toi, c’est pour avoir constaté de près combien ce joug lorsqu’il était fort à poussé Couperin à « reproduire des logiques de contrôle et d’organisation proche des institutions publiques ».
      Enfin mettre à la charge de Couperin « l’incapacité à intégrer les problématiques de l’IST au sein de la CPU », lorsqu’on a lu le récent document de l’ADBU à ce sujet, c’est un peu regarder le doigt plutôt que la lune😉
      Sinon je suis assez d’accord avec la fin de ton commentaire, y compris sur le rôle des petits groupes « commando », après tout c’est comme ça que Couperin a commencé, mais avec un désaccord persistant sur « réalisations claires »: c’est dans les établissements comme le tien que peuvent aboutir des actions commando débouchant sur des « réalisations claires ».

    • A titre d’information, la refonte du site web n’est pas soumise à appel d’offres.
      Couperin est une association et donc non soumise au code des marchés, donc on publie un cahier des charges pour avoir une prestation, comme partout dans le monde privé et associatif.

      • 4 tacheau

        @Emilie Barthet : ne vous sentez pas agressée à chaque fois que l’on titille un peu Couperin. L’auto-critique est aussi une vertu qu’on peut manier avec mesure (et humour) même quand on travaille dans des environnements aussi irréprochables et performants que Couperin😉 Dites par exemple : « il nous a semblé important de faire le point… », « nous pensions préférable de formaliser… », « nous ne nous voyions pas rentrer dans un work in progress avec un SSII… » parce que un cahier des charges de 51 pages pour définir les attendus d’un site somme toute assez simple à mettre en place ça me paraît un peu « too much ». Quant au modèle privé, j’ai pour principe de ne jamais l’évoquer dans mes justifications professionnelles.

      • 5 tacheau

        @Emilie Barthet : et puis pour être complet et… honnête jusqu’au bout suite à mon précédent commentaire, la page d’accueil du site Couperin avant que vous ne la changiez comportait bien un article : « Publication de l’appel d’offres pour la refonte du site web Couperin »… je ne m’étais quand même pas beaucoup trompé !

      • 6 MRG

        @tacheau: Olivier, je te trouve un peu chaud là. Le commentaire d’Emilie Barthet me semble assez factuel: il n’y a pas d’appel d’offres. Quant aux 51 pages, je ne les ai pas vues, a priori c’est beaucoup, certes, mais pas monstrueux, disons juste « scrupuleux ». Je ne crois pas que nous ayions produit un cahier des charges très copieux, Marlène et moi, lorsque nous avons monté le site actuel, mais ça avait demandé pas mal de validations auprès du bureau et des descriptions assez précises. Et déjà à l’époque le site n’était pas tout à fait simple à cause des problèmes d’autorisation sur certaines parties.

        [màj]Ton dernier commentaire est arrivé pendant que je rédigeais celui-ci. [/màj]

  2. 7 tacheau

    Pour rebondir sur ta réponse et peut-être affiner ma position, je regrette essentiellement trois choses :

    1) l’incapacité du département négociations à recentrer ses efforts et le travail de la collectivité sur 15 à 20 grosses négociations pour réellement peser sur les éditeurs à partir des préconisations sur les stats., les formats, les archives…

    2) la tournure prise par le département E&P qui joue un rôle informationnel (veille pour qui pourquoi ?) et vaguement consultatif (qui qu’en veut des ERM ?) mais non opérationnel en s’appuyant sur les acteurs structurels (ABES, CINES, CCSD,…)

    3) l’absence de stratégie de Couperin à court, moyen et long terme et d’analyse des priorités à traiter, ce qui aurait par exemple placé l’archivage pérenne comme la priorité absolue comme levier de négociation, devant les ERM (faux projet qui n’intéresse in fine qu’une poignée d’établissements ou bien l’ABES) ou encore les Archives Ouvertes où, pour être totalement iconoclaste, Couperin aurait pu faire le choix de ne pas être impliqué, laissant la main aux établissements pilotes !

    Enfin, un quatrième et dernier point. Il ne faut pas être grand clerc pour voir que le premier ennemi de Couperin est Couperin lui-même… et que la première chose qu’il aurait fallu faire est une étude de positionnement interne au sein même des établissements pour savoir comment associer, fédérer et communiquer auprès des membres en segmentant clairement la communauté : politiques, chercheurs, bibliothécaires-décideurs, bibliothécaires-acteurs, bibliothécaires-utilisateurs… mais là est une autre histoire.

  3. 8 MRG

    On va finir par être tout à fait d’accord. En particulier sur le point 2 (hors jugement sur l’activité actuelle du département sur quoi je n’ai pas de visibilité): si opérationnel est interprété non comme porteur direct de projet et de développements mais « en s’appuyant sur les acteurs structurels », alors oui, bien sûr, pour l’opérationnel. C’est, en gros, ce que, s’agissant d’outils de référence, j’appelle « pilotage partagé ».

  4. 9 MRG

    @tacheau: Et puis, parce que ces questions de cahier des charges me semblent tout de même assez marginales, je reporte des commentaires trouvés sur Friendfeed (anonymisés puisque de source non publique), qui me semblent aborder une question plus centrale de ton propos initial :

    « (…) qui auraient pu remettre en cause la nature associative du consortium et auraient limité sa liberté à l’égard de la tutelle » >> question : quel est le statut des consortiums dans les autres pays ? Et leur rapport à la tutelle ? – XXXXX
    @XXXXX: C’est une chose que Couperin aurait dû faire depuis longtemps, en amont de toutes les interminables discussions statutaires qui roulent depuis des années: faire une étude sérieuse de l’ancrage institutionnel des consortiums étrangers, à commencer par le JISC (au moins ça – qui ne demanderait pas un travail titanesque). Mais peut-être suis-je mal informé et cela-t-il été fait lors de la dernière AG? YYYYY? – ZZZZZ (modifier | supprimer)
    @ZZZZZ ben non, pas à ma connaissance. Ca fait partie de choses qui m’étonnent (avec le manque de professionnalisation des négociations) – YYYYY

  5. 10 tacheau

    @MRG : tu as raison, yé m’emporte, yé m’emporte et Emilie n’y est vraiment pour rien dans l’affaire. Mais ce côté à la fois scrupuleux ET amateur est justement très symbolique de Couperin en particulier et plus généralement de l’action collective dans les bibliothèques. Un peu juriste, un peu négociateur, un peu gestionnaire, un peu communiquant, un peu technicien, un peu politique et surtout… bénévole, le bibliothécaire qui veut bien s’impliquer est de facto inattaquable alors que son champ d’intervention engage des crédits, des décisions et indirectement l’action publique. Que faire ? Accepter déjà de mettre des permanents, ou chargés de missions, sur les fonctions politiques et stratégiques plutôt que sur la gestion quotidienne et les statistiques, ce qui n’empêche pas leur contrôle et orientation par les membres de Couperin. Commander des missions externes sur des expertises de type panorama des structures étrangères (aide à la décision), analyse des moyens de pression politique et des marges de manoeuvre (accompagnement du lobbyisme), étude du positionnement de Couperin (non confiée aux étudiants de l’ENSSIB)… et surtout recentrer Couperin en s’appuyant sur des partenaires extérieurs (exemple : pourquoi la veille ne s’appuie-t-elle pas sur les URFIST ? Pourquoi les Journées d’étude ne sont-elles pas confiées à l’ENSSIB et à ses élèves comme terrain d’application ? Pourquoi le projet ERM’s n’est-il pas mené par l’ABES ?

  6. 11 MRG

    @tacheau. Un programme digne d’un coordinateur du bureau😉

    2 remarques:
    – « Accepter déjà de mettre des permanents, ou chargés de missions, sur les fonctions politiques et stratégiques »
    Du temps où je travaillais pour Couperin, c’était exactement cela qui m’était reproché.
    – « pourquoi la veille ne s’appuie-t-elle pas sur les URFIST ? »
    Bonne question. En tous cas on serait prêt à discuter de toute commande de la part du consortium.


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