Bibliographie 2.0: les outils en ligne et les ressources documentaires

27Nov07

Les difficultés inégales d’accès aux métadonnées documentaires sur les interfaces affaiblissent l’intérêt des outils bibliographiques en ligne et introduisent un biais qui favorise globalement les ressources en langue anglaise et les livres commercialisés par Amazon. La mise à disposition d’un export en format citation devrait faire partie de l’équipement standard d’une plateforme documentaire. (Essai d’évaluation synthétique pour préparer une formation).

Des outils en ligne que j’utilise pour ma veille et ma recherche d’information, les uns, del.icio.us, Diigo, ne stockent de la ressource signalée qu’une description sommaire: l’url et le titre de la page html (ces deux éléments entrés automatiquement) plus les descripteurs (tags) que j’aurai rentré avant de sauvegarder, et éventuellement des extraits surlignés de la page, voire une ou plusieurs notes, tous éléments ajoutés par moi, les autres, CiteULike et, dans une moindre mesure, Connotea proposent une véritable description documentaire de la ressource. Les premiers me permettent de réaliser une collection de signets en ligne, les seconds une collection de références bibliographiques exportables dans des formats connus des logiciels de référence comme EndNote ou Reference Manager. Il y a une différence de nature entre les éléments signalés, pages web ou site dans le premier cas, documents (au sens étroit) dans le second, articles ou livres qui peuvent exister hors du web, sous forme papier, ou identiques à différents endroits du web. Cependant cette claire distinction de principe peut s’avérer moins claire dans la pratique (voir le cas d’un billet de blogue par exemple). Malgré tout je vais plutôt ordonner mon choix d’outil de signalement à cette distinction: les outils de gestion de signets pour les pages et sites web, les outils bibliographiques pour les articles et livres.

Il y a un problème cependant: les outils bibliographiques, pour jouer pleinement leur rôle, demandent une description beaucoup plus précise de la ressource, un quasi catalogage, or si pour un certain nombre de ressources, cette description est réalisée automatiquement au moment de la sélection (ou au moyen d’une manipulation rapide, cf. infra), pour d’autres, les plus nombreuses, ne sont pris en compte que l’url et le titre de la page web (comme avec un gestionnaire de signets) et je dois alors pour profiter des spécificités de l’outil réaliser la description moi-même, à la main et donc ça va me prendre du temps, l’outil devient beaucoup moins intéressant et je vais avoir tendance à utiliser un outil plus simple.

Je n’ai pas fait une revue systématique mais un petit tour d’horizon me donne ce tableau:

– S’agissant des articles scientifiques, les grands éditeurs commerciaux (testés: Elsevier et Springer) permettent l’importation des métadonnées descriptives dans CiteULike et Connotea, soit directement au moment de la selection de la ressource, soit via l’importation d’une description en format citation offerte sur la page de la ressource. A l’inverse, cette possibilité ne m’est pas offerte sur les grandes plateformes francophones de revues électroniques (testées Revues.org, Persée et Erudit), ni sur HAL lors de l’affichage de l’article – il est cependant possible d’importer la description via le processus d’exportation de liste (petit degré de complication de plus).

Les listes de résultats de Google Scholar offrent pour chaque item la possibilité d’exporter sa description en format citation. C’est donc une ressource possible (avec un degré de complication de plus dans le scénario utilisé ici, ie signalisation d’un item recherché et non d’une recherche bibliographique systématique) mais Google Scholar n’est pas exhaustif et rien ne vous garantit que l’article que vous voulez signaler dans votre outil sera affiché par GS.

– S’agissant des livres, la situation est plus baroque: je ne peux importer de description ni depuis le Sudoc, ni depuis les catalogues des bibliothèques nationales (testées: BnF, LoF & BL). Par contre, depuis Amazon.con ou .fr, la description est automatiquement importé dans Connotea ou CiteULike. Donc si je veux signaler des livres dans mon outil de gestion bibliographique, je ne vais pas utiliser les catalogues de bibliothèques et autres ressources bibliographiques nationales mais un outil commercial (qui n’a pas, entre autres, vocation à inclure livres anciens ou rares)!

En quelque sorte, on a la culture du RIS/BibTex…, celle du chercheur/documentaliste, et la culture du MARC/ISBD, celle du bibliothécaire, et les deux ne communiquent pas (ou moyennant bidouillages). Et le cultivé en RIS/BibTex…, lorsqu’il pense « livre », il va aller voir sur Amazon (voir ci-dessous ce qui me permet de supposer ça).

La situation n’est cependant pas si noire que ça: un outil « bibliothécaire » de référence, WorldCat, intègre un lien pour générer un fichier de citation en format RIS, donc me donne la possibilité d’importer la description (ça marche très bien avec Connotea, CiteULike, malheureusement n’importe que du BibTex).

Si j’essaie de comprendre comment tout ceci fonctionne ou dysfontionne, je suppose que l’import de la description dans mon outil bibliographique dépend de 2 processus distincts:
– lorsque le processus est entièrement automatisé, c’est qu’en aval, l’outil de gestion bibliographique a implémenté un module d’analyse syntactique (parser) de la ressource visée (page Amazon par ex.) et qu’en fonction des invariants de mise en page il est capable de localiser les informations correspondant aux métadonnées souhaitées. Evidemment, cette méthode est assez lourde et peu stable et elle implique une sélection étroite de la part des développeurs: ainsi le module est, chez CiteULike développé pour Amazon et non pour la Library of Congress, pour Science Direct et non pour Revues.org.
– lorsque le processus est semi-automatisé, c’est qu’en amont, l’interface de la ressource (Springer, par exemple), propose l’accès à une notice exportable en format citation de l’article sélectionné. Les éditeurs scientifiques testés proposent cet export sur la page de l’article lui-même.

Moralité provisoire: les outils de gestion bibliographique en ligne (CiteULike, Connotea…) souffrent d’un manque d’interopérabilité avec les réservoirs bibliographiques. Pour améliorer la situation, on peut demander aux outils d’intéger d’autres standards que ceux de la gestion de références, MARC ou OAI, symétriquement, et de façon peut-être plus réaliste, on peut conseiller aux fournisseurs de contenu d’intégrer systématiquement un bouton d’export vers un fichier d’export en format citation (RIS et BibTex, au moins).

Comme je ne suis ni technicien, ni chercheur, cette synthèse sommaire souffre d’imprécisions voire d’inexactitudes. Compléments, précisions ou corrections sont donc très bienvenus.

PS. Je n’ai pas intégré dans cette évaluation RefWorks parce que je n’ai plus d’accès test à cette ressource payante. Dans mon souvenir, RefWorks permet d’interroger directement les catalogues de bibliothèques et donc réalise lui-même la conversion en formats de citation. Ce qui est également le cas, si je me souviens bien pour des outils locaux comme EndNote ou Bibus.

(Par ailleurs, j’avais intégré des essais avec Zotero (bien qu’outil local mais gratuit et puissant). Je les ai toutes ôtées lorsque je me suis rendu compte qu’un conflit avec une autre extension avait désactivé les parsers de Zotero.)



One Response to “Bibliographie 2.0: les outils en ligne et les ressources documentaires”


  1. 1 Zotero: incompatibilité d’extensions (avec VoPod) « bibliothécaire

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