SCIB : et les SD?

07nov07

Mise à jour: la discussion rebondit chez Klog qui proteste: "Et les sciences de la documentation là-dedans?"

Bonne question (même si elle met à mal l’acronyme dont j’étais si content!). A première vue, ce qu’il m’en semble, c’est qu’avec la coupure entre SI et SB, les SD se retrouvent, de centrales qu’elles devraient être, avec une fesse sur chaque chaise. Voir mon commentaire.

Par ailleurs, Nicolas Morin a déposé un commentaire sur mon précédent billet, où il plaide pour l’adoption du modèle anglo-saxon. Voir ma réponse. Je crains que son pragmatisme ne se révèle, paradoxalement, un peu théorique. En particulier, je trouve qu’il sous-estime le poids concret des enjeux symboliques. Mais nous tomberions d’accord, je pense, pour estimer qu’une mesure symbolique qui n’entraîne pas de mesures pratiques, institutionnelles en particulier, se réduirait à une opération de… communication.

L’illustration de ce billet est tiré d’un des deux articles co-autorés par mon complice urfistien (Is communication separable from information? / Dumas, Boutin, Duvernay, Gallezot et Les Sciences de l’Information ET de la Communication : une problématique du « et » / Gallezot, Boutin, Dumas), qui à partir d’un corpus de thèses plaident pour la continuité, sans solution, des domaines SC et SI.

pour mémoire, mon commentaire chez Klog:

Hmm, je plaide coupable. C’est qu’avec les SI, les SC et les SB, ça fait pas mal de Sx. Mais sur le fond c’est vrai, il faudrait rajouter les SD. 2 articles déposés sur archivesSIC début 2006 ( http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00001670.html ), dont mon complice Gabriel Gallezot est co-auteur montrent qu’en réalité on a affaire à un continuum ou à un réseau de micro-disciplines et que les séparations sont artificielles. Les SD sont, il me semble, sur la continuité entre les sciences de l’information et celles des bibliothèques. Le problème est plus administrativo-politique que réellement scientifique mais les choix dans le découpage ont des conséquences dans le déroulement concret de la recherche comme dans le positionnement des métiers, pas toujours heureuses. Si je vous lis bien, nous sommes pratiquement d’accord: la coupure entre SI et SB (où les SD doivent se sentir un peu écartelées) gagnerait à être remise en cause, non?



8 Responses to “SCIB : et les SD?”

  1. 1 nicomo

    En fait, on est d’accord.
    Mon pragmatisme n’est pas réaliste, c’est vrai. C’est sans doute incontournable en l’état: dans le dialogue professionnel, je "prêche le pragmatisme". Je pense que ce serait un fort symbole de pouvoir faire adopter une position pragmatique.
    Ce qui est différent de: je propose des solutions pragmatiques au sens de solutions ayant des chances réalistes d’obtenir un consensus. Je considère mon pragmatisme, en l’espèce, comme un enjeu symbolique.
    Quant à l’idée que l’Ecole des Chartes représente l’ancrage universitaire de la profession, je dois m’insurger! C’est l’ENSSIB, naturellement!

  2. 2 MRG

    Oui, le pragmatisme comme enjeu symbolique, c’est bien qqchose comme ça que je supposais chez toi.
    Et quant à l’Enssib, so be it !

  3. 3 Clolo

    Lors d’une conférence sur les métiers de l’info-doc-bib il y a un ou deux ans, j’avais été interpelée par un "prof de comm", qui trouvait incongru de les présenter comme des métiers où il faut aimer la communication et avoir le sens du relationnel. Bref no comment !
    Donc, oui même si ça fait un peu tiré par les cheveux, je préfère être être avec les SC qu’avec autre chose. Mais j’aime bien la formule de Jean Michel Salaun (encore un nouvel acronyme) qui parle des SBD : Sciences des Bibliothèques et de la Documentation.
    Merci pour ce schéma synthétique et très clair.

  4. 4 JM Salaun

    Bonjour Michel et Nicolas,

    Je ne me prononcerai pas sur le (très) vieux, et à mon avis un peu inutile, débat français sur le positionnement respectif des sciences des bibliothèques, de la documentation, de l’information avec les sciences de la communication. Quand une science cherche à se positionner pour se faire reconnaitre, c’est souvent qu’elle n’a pas grand chose à dire. Par nature, la science se positionne par son contenu.

    Mais simplement, je crois que vous faites erreur sur la situation nord-américaine. Les LIS sont en réalité confortées par l’agrément qui leur est donné ou non après une très précise évaluation par l’American Library Association (nous venons d’en sortir hier à l’EBSI et je peux témoigner que tout, absolument tout est évalué..), et non par une quelconque conceptualisation universitaire. Mais le mouvement des LIS perd de sa puissance pour faire place aux I-Schools, Information Schools. La grande différence, comme je l’ai expliqué dans mon article au BBF, c’est que on cherche à regrouper et non à découper comme en France.

    Dans l’article cité sur mon blogue, j’ai cherché à montrer la continuité historique des connaissances qui se construisent dans ce champ. Je pense que c’est la seule façon raisonnable, au delà des petits calculs de positionnement socio-professionnel, d’avancer légitimement

  5. 5 MRG

    Merci Jean-Michel pour ses informations d’Outre-Atlantique sur les tendances disciplinaires. Cette croissance en puissance des I-Schools nous donne de quoi réfléchir sur l’avenir de notre métier.
    Je dois cependant essayer de rectifier ce qui m’apparaît, à la lecture de ton commentaire, comme deux malentendus sur le fond:
    - tu dis regrouper et non découper: c’est exactement ce en faveur de quoi je plaide (SCIB). Pour des raisons stratégiques mais aussi pour des raisons de fond qui m’apparaissent de plus en plus claires (et que j’avais tendance à négliger à cause de préjugés sur la com’). Nicolas n’est peut-être pas tout à fait sur la même position mais je crois que, quant aux priorités, nous sommes d’accord pour souhaiter un lien plus étroit entre la bibliothéconomie et les sciences de l’information.
    - le souci qui me fait reprendre ici le (très) vieux débat est bien d’ordre professionnel mais n’a pas grand chose à voir avec un calcul de positionnement. Pour le dire court et imagé, je suis un peu désepéré et/ou enragé de recevoir de la part des dernières générations d’élèves conservateurs à l’Enssib les témoignages du même ennui et de la même frustration que notre promotion avait éprouvé il y a maintenant plus de 30 ans. Alors, pour le métier (pour les enseignants-chercheurs en SI la situation est peut-être satisfaisante mais différents indices comme le billet initial d’Olivier et son commentaire ici me donnent à penser qu’elle n’est pas idyllique), je me dis qu’il pourrait être salutaire que le débat soit enfin tranché. Et cela je l’attendrais, non pas d’une "quelconque conceptualisation universitaire" mais de mesures institutionnelles (ce que je dis expressément dans mon commentaire au billet de Klog reporté ici). C’est que je pense que le niveau institutionnel n’est pas irrelevant dans cette question et qu’il y aurait de l’angélisme à supposer que l’institutionnel se contente de refléter la réalité de l’activité scientifique sans l’informer, ni en déterminer, au moins en partie, les conditions concrètes. C’est d’ailleurs ce que tu montres en décrivant le rôle de l’ALA dans la validation des LIS (j’ai l’impression d’une sorte de contradiction dans ton propos ici mais c’est sans doute parce que je n’ai pas bien compris "conceptualisation universitaire" et "montrer la continuité historique des connaissances qui se construisent dans ce champ").

  6. Salut Michel,

    Oui, il y a peut-être des contradictions dans mon propos en effet. Mais je suis un peu schizophrène dans ce débat avec un pied plutôt du côté de la science, un autre du côté de la profession sans parler du grand écart au-dessus de l’Atlantique ;-).

    Quand je parlais de découper, je ne faisais pas allusion à ta proposition, mais à la tendance en France à découper les spécialités et surtout les diplômes en les spécialisant de plus en plus sur des expertises pointues ou sur des corps particuliers. En Amérique du nord, la tendance me parait tout à fait inverse avec une volonté de définir des «core courses» qui sont transversaux aux spécialités et ensuite laisser l’étudiant choisir son cheminement de spécialité. Ceci a le très gros intérêt d’obliger à définir l’identité de cette discipline ou de cette profession et non d’opposer bibliothèque, documentation, archive, muséographie, parfois journalisme, ou encore veille, intelligence économique, record management, ou encore gestion et site Web, BDD etc..

    Sur l’ennui des étudiants, j’ai eu une grosse surprise en arrivant à l’EBSI, après presque 15 années à l’ENSSIB : Ici les étudiants, crois-moi, ne s’ennuient pas, vraiment pas. Une des explications, me semble-t-il tient à l’évaluation permanente réalisée sur la pédagogie, à laquelle participent activement les étudiants et qui est suivie d’effets. Je l’ai expliqué dans l’article du BBF. Mais une telle pratique ne se construit pas en un jour et ne produit ses effets que sur la durée. Il faut que toutes les parties (étudiants, professeurs, chargés de cours, direction) jouent le jeu avec humilité, responsabilité et respect. Le résultat sur la pédagogie est alors spectaculaire.

    Tout cela pour dire que je ne crois pas à une solution de type institutionnel sur les disciplines. Là, il est préférable que les chercheurs, qu’ils soient issus du monde universitaires ou professionnels, produisent des résultats plutôt que de s’épuiser à discuter pour savoir oèu mettre des frontières.

    Pour la continuité historique des concepts, c’est expliqué dans l’article cité sur mon blogue et déposé sur le site d’archives de l’EBSI

  7. 7 MRG

    Avec une semaine de retard, quant au rapport entre le scientifique et l’institutionnel, le travail de Gabriel Gallezot et de ses co-équipiers (2 articles cités à la fin de mon billet) montre, me semble-t-il, l’effet direct du politico-institutionnel sur le scientifique en décrivant comment, à partir de sa définition institutionnelle le champ disciplinaire des SIC a fini dans le temps par prendre une consistance:
    "ce qui était avant composé d’éléments disjoints se regroupe désormais sous un amas principal."


  1. 1 Identité numérique « bibliothécaire

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