SIC ou SIB ?

02Nov07

Une remarque en passant à la lecture du dernier billet d’Olivier Ertzscheid sur les Sciences de l’Information.

Olivier se réfère au billet de Thomas Chaimbault qui se livre à un exercice de définition « avec toute la rigueur dont peut faire preuve un bon bibliothécaire ». Très curieusement Olivier ne remarque pas que ce sur quoi s’interroge Thomas, ce n’est pas sur les « Sciences de l’Information et de la Communication » mais sur les « Sciences de l’Information et des Bibliothèques ». Et que, forcément, il rencontre ce particularisme français à savoir que, sinon dans le nom de son école supérieure de formation professionnelle, la France ne connaît pas les SIB ou plus exactement que le CNU ne reconnaît que les SIC, les sciences de l’information et de la communication (71e section).

L’intitulé pourrait laisser penser qu’on aurait affaire là à une discipline technologique mariant informatique et télécommunications (et des profanes s’y laissent régulièrement prendre), en réalité il n’en est rien: la 71e section appartient aux Lettres Humaines et Sociales et si dans la définition du champ de la 71e section, les bibliothèques apparaissent bien, c’est, avec les musées et les archives, à titre d’institutions culturelles, assez loin de l’information et en appendice à la communication. Tout ceci fait que nous, bibliothécaires qui tentons de nous tenir au courant et/ou de réfléchir, ne retrouvons pas chez nous les LIS (Library and Information Sciences), la discipline universitaire à quoi s’adosse la formation professionnelle dans les grands pays qui nous servent de modèles, du point de vue bibliothéconomique, s’entend, et peut-être aussi du point de vue des sciences de l’information.

Depuis le point de vue particulier qui est le mien, cette coupure académique entre les sciences de l’information et la bibliothéconomie n’a que des inconvénients ou dit autrement, la remettre en cause ne présenterait que des avantages (comme le détail serait interminable, je remets à plus tard et me contente de suggérer que la réflexion en cours sur l’avenir du métier – ici, ici ou – pourrait intégrer cette question). Mais mon point de vue est celui d’un bibliothécaire, un peu particulier qui plus est (j’en connais qui, par méfiance envers ce qu’ils considèrent comme des spéculations peu contrôlées par un réel, se satisfont assez bien de cette coupure). Je serais très curieux de connaître le point de vue des « académiques » SIC. Olivier, par exemple: le début de son billet laisse supposer que la situation n’est pas idyllique non plus pour eux mais, commentant le billet de Thomas, il semble attaché à marquer que la questionnement de celui-ci sur les Sciences de l’Information leur est extérieur (ce que je contesterais volontiers, on l’aura deviné).

Alors, Olivier, le modèle français, pour ou contre?



4 Responses to “SIC ou SIB ?”

  1. 1 Olivier

    Salut Michel,
    Ni pour ni contre. Je m’explique : je crois que la place des SI (sciences de l’info) est hélas largement minoritaire dans les SC (Sciences de la comm.), et je m’appuie en cela sur de vénérables études (cf ce billet : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2006/01/sciences_de_lin.html). Et que donc ce que l’on appelle en France les SIC ont vocation à demeurer boîteuses tant que l’on ne changera pas les choses. La question est donc comment changer les choses ? Et là j’avoue ne pas trop savoir … Une scission (comme le réclament certains) isolant d’un côté les SIB et de l’autre les SIC, pour retomber dans une dichotomie anglo-saxonne entre « media studies » (nos Sciences de la comm) et librarian science (nos sciences de l’info) serait peut-être en l’état davantage source de confusion que d’éclaircissement. C’est (tant qu’il lui reste quelque pouvoir), à mon avis au CNU de militer activement pour favoriser la reconnaissance de SI en son sein : les moyens sont connus : favoriser l’émergence de revues françaises « SI », reconnaître et légitimer les objets de recherche propres aux SI, et quelques autres choses encore. La dynamique pourrait alors s’inverser jusqu’à atteindre un équilibre souhaitable.
    J’y reviens dans un prochain billet, pasque là l’air de rien, je suis en vacances😉

  2. 2 MRG

    Oui, je me rappelle ton vénérable billet, que j’avais lu en son temps. Ta réponse correspond à ce que je comprend des réponses de G. sur la même question (ce qui n’est pas complètement étonnant;-)). Ceci dit, tu déplaces ladite question: je ne me pose pas la question de la coupure entre SI & SC (pour la souhaiter) mais celle de la coupure entre SI & SB (pour la regretter).
    Question naïve: l’inclusion des SB dans la 71e section ne permettrait-elle pas de répondre à votre besoin de rééquilibrage tout en répondant à l’essentiel du besoin du métier bibliothécaire?
    (D’ailleurs tu sembles impliquer que ce serait naturel, ou du moins conforme à la configuration des champs scientifiques puisque tu traduis « librarian science » (en fait Library Science, en français « bibliothéconomie » – formulation redoutable) par « sciences de l’info ».)
    La spécificité française serait alors, non plus d’isoler la bibliothéconomie, comme une discipline bassement souillée par ses implications pratiques, mais de réunir les médias, les entrepôts d’information, les logiques de structuration, de traitement et d’échange de cette information comme objets d’une même discipline académique (les SCIB), ce qui ne me semble pas aujourd’hui impertinent.

  3. 3 Thomas

    La bibliothéconomie à l’Université existe en France dans des cursus dits « Métiers du LIvres » mais il s’agit là souvent de formations en deux ans préparant aux concours des bibliothèques, catégorie B, aux contenus plutôt techniques.

    Lors de mes études en sciences de l’information, je me souviens avoir étudié d’autres aspects plus scientifiques du champ disciplinaire. Mais il s’agissait là d’une option ‘lecture publique et médiathèque’ au sein d’une maîtrise largement tournée vers les SI et la documentation en générale.

    Je serais dès lors assez d’accord avec Michel pour souligner le manque de visibilité, de place des SB dans le champs des Sciences de l’Info, elles-mêmes apparemment occultées par les Sciences de la Communication d’après ce que dit Olivier.

    Je connais mal le monde de la recherche mais alors ce décalage est-il dû à un manque de volonté de la part de la 71e section qui pourrait orienter les thèmes de recherches, ou de manière plus cruciale à un manque de chercheurs désireux de travailler dans le domaine des SI et plus particulièrement des SB ?


  1. 1 SCIB ? « bibliothécaire

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