Générations

22Oct07


Musée Henri Pollès
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Piotrr cite Chateaubriand:

«je me suis rencontré entre deux siècles, comme au confluent de deux fleuves : j’ai plongé dans leurs eaux troublées, m’éloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue.»

Un peu étrange de lire sous le clavier d’un (relativement) jeune homme:

Il me semble que se trouve là exprimée une situation historique qui n’est pas tout à fait étrangère à notre génération. De cette situation, d’où nait finalement un sentiment d’étrangeté permanent – l’ancien monde disparaît et je suis étranger au nouveau -, il faut faire quelque chose. Contre ceux qui ont choisi de s’évanouir avec l’ancien, contre aussi ceux qui nagent aussi vite qu’ils le peuvent sans se retourner, peut-être faut-il affirmer que le rôle historique de notre génération est d’être le témoin de ce passage. Nous seuls d’une certaine manière, sommes en position de voir un certain nombre de changements, et donc de poser des questions.

Ce qui est curieux, c’est qu’avec 20 ans de plus que Piotrr (je suis un jeune soixante-huitard – et un « older boomer » selon le tableau infra), je pourrais avoir le même sentiment d’un privilège générationnel, avec un pied dans chacun des deux mondes, l’ancien et le nouveau.

L’étude du Pew Internet & American life institute, citée par Piotrr, ou les données de Forrester Research mises en tableau dans Business Week en juin dernier (ci-dessous) permettent bien de caractériser des effets de génération:


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Lorsque j’essaie de me repérer sur un tel tableau, j’éprouve un sentiment étrange et un peu inconfortable. Le même sentiment que j’ai éprouvé à la lecture du rapport de l’Observatoire sociétal du téléphone mobile, en janvier dernier, où 40 ans était l’âge de la grande coupure: au-delà le téléphone mobile reste un téléphone, en deça il devient un « couteau suisse numérique » (appareil photo, caméscope, baladeur, radio…). L’impression d’un déracinement générationnel, perpendiculaire au déracinement géographique (Virginie Clayssen parle de « digital immigrants »).

Il faut lire le long et beau billet de Piotrr mais je me demande si la fréquentation de Chateaubriand ne le pousse pas à peindre la situation sous des couleurs trop « romantiques », s’il ne cède pas un peu au goût des ruines, de l’irrémédiable (« Qui n’a pas connu l’Ancien Régime… »). En particulier il suppose peut-être un peu vite que dans la société nouvelle des très jeunes générations la lecture de Montaigne ou de Chateaubriand sera devenue l’apanage de rares pervers. Ce qui semble en revanche certain, c’est que la culture littéraire ne jouera, qu’elle ne joue plus le rôle d’ordonnateur global des hiérarchies culturelles qui a été le sien et que le goût pour la littérature classique marquera plus une appartenance « géographique », selon une organisation horizontale des pratiques culturelles, qu’une position sur l’échelle verticale d’une hiérarchie culturelle globale (en quoi notre pays se rapprocherait d’un modèle nord-américain déjà ancien).



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