Protocole AO, co-pilotage ou déresponsabilisation?

18Oct06

Posté ce soir un billet sur Urfist Info en commentaire de l’analyse (brillante) du protocole AO sur Blogo Numericus. Ce n’est pas trahir un secret, que de dire que toute la difficulté de la négociation qui a accompagné la rédaction du protocole a été de concilier la désignation d’une plate-forme unique nationale avec la sauvegarde du droit des universités sur la recherche produite en leur sein. Les opérateurs de cette conciliation y sont les notions de « co-pilotage » et d' »interopérabilité »:

Le Protocole d’accord a pour objet de définir les modalités d’une démarche coordonnée de l’archivage ouvert, notamment par le développement en commun et le co-pilotage d’une plateforme partagée pour le dépôt des pré- et post-publications.

Cette plate-forme sera accessible soit par dépôt direct, par l’intermédiaire ou non d’une interface spécialisée, soit, le cas échéant par dépôt indirect à partir d’un système propre à l’établissement, permettant le transfert des données sur la plate-forme commune en respectant le modèle des données de celle-ci. La plate-forme commune devra être la plus ouverte possible aux autres établissements de recherche et d’enseignements supérieur.

Il y a dans ce protocole quelque chose comme un pari, celui de sortir en douceur d’une vision administrée de la recherche tout en gardant les bénéfices de la concentration des moyens en termes de rationalisation ingénieuriale. Il n’est pas évident que ce pari sera gagné.

(Après le saut, pour mémoire, mon billet dans Urfist Info)

Pierre Mounier, sur Blogo Numericus, analyse la situation nationale de l’Open Access à la suite de la conférence de presse publicisant la signature, le 6 juillet dernier, du protocole d’accord AO (« Protocole d’accord en vue d’une approche coordonnée au niveau national pour l’archivage ouvert de la production scientifique »). Le billet situe bien l’idiosyncrasie française par rapport à « l’état de l’art » anglo-saxon et montre comment les différences culturelles peuvent conduire à des dialogues de sourds.
Steven Harnad, qui réagissait dès novembre 2005 à la nouvelle des travaux préparatoires au protocole, en faisait un interprétation purement centraliste. Il est intervenu en juin dernier pour préconiser que le dépôt dans HAL ne fasse pas seulement l’objet d’une recommandation mais bien d’un mandat impératif, appelant en somme à un renforcement de l’approche centraliste, conformément à sa vision (largement partagée) de la particularité culturelle française.
La particularité française n’est pas purement culturelle, ou du moins cette particularité culturelle se décline concrètement par une répartition des moyens qui en concentre au niveau central (des organismes de recherche) une grosse partie, ailleurs distribuée au niveau local (des universités), répartition qui fait que les universités françaises qui se sont avancées sur la voie des archives institutionnelles ouvertes l’ont fait à partir d’une conviction, d’un engagement ou d’une orientation stratégique qui leur sont particulières.
Le protocole d’accord vise à prendre en compte cette diversité des engagements des universités françaises. L’objectif de rendre possible l’interopérabilité entre une archive locale et la plate-forme nationale est inscrite dans l’objet du protocole (« Cette plate-forme sera accessible soit par dépôt direct, par l’intermédiaire ou non d’une interface spécialisée, soit, le cas échéant par dépôt indirect à partir d’un système propre à l’établissement, permettant le transfert des données sur la plate-forme commune en respectant le modèle des données de celle-ci. »). La version du protocole qui avait été diffusée sur le site du consortium Couperin annexait au texte du protocole lui même, identique au texte définitif diffusé sur le site du CCSD, une liste indicative d’actions qui pouvaient entrer dans le cadre du protocole. A lire cette liste, on voit que pour l’essentiel ces actions portent sur l’articulation entre les systèmes d’information locaux et HAL.
Si le protocole prend en compte la spécificité nationale en définissant un outil commun, il ne vise pas à déposséder les établissements de tout droit de regard sur la recherche produite en leur sein. Il leur donne les moyens de faire de HAL un outil à leur service, s’ils le veulent. Il serait sans doute dommage que le protocole d’accord soit pris par les universités comme une pure et simple délégation de la question des archives ouvertes au CCSD.



2 Responses to “Protocole AO, co-pilotage ou déresponsabilisation?”

  1. Ce qui est pertinent n’est ni le centralisme, ni le localisme, ni la « particularité française ». Il ne s’agit non plus d’un dialogue de sourds (au moins pas de la surdité bilatérale). Ce qu’on n’entend pas, ou comprend mal, c’est la règle globale (provisoirement sans aucune exception en aucune forme, y compris hexagonale) que l’autoarchivage facultatif ne dépasse pas le 15% tandis que l’autoarchivage obligatoire s’approche au 100%. Donc il faut que les universités ainsi que les subventionneurs de recherche adoptent les obligations ( « mandates » en anglais ) à l’autoarchivage si on souhaite l’accès libre à la recherche scientifique.

  2. 2 MRG

    @ Stevan Harnad: merci de ce commentaire sur un billet qui a plus de 2 ans. Le mandat impératif pourrait être la solution pour le développement de l’autoarchivage mais celui-ci n’est une fin que pour les convaincus. Pour que les autorités légitimes (universités, subventionneurs et organismes de recherche qu’il convient de rajouter dans le contexte français) adoptent ces obligations il faut d’abord qu’elles soient convaincues de l’utilité de l’autoarchivage et donc du mandat. C’est là que la question du centralisme vs localisme trouve sa pertinence: l’autoarchivage dans un outil de référence comme HAL ne peut être « approprié » par les université que si elles ont les garanties que l’archivage pourra être utilisé pour leurs fins propres, c’est-à-dire que si l’outil de référence est co-piloté.


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