Darnton, lecture fragmentaire et citations (commentaire sur VH)

05fév11

Pour mémoire un commentaire laissé tout à l’heure sur un article de Christian Jacomino, « Nous sommes ce que nous lisons » sur Voix Haute (recopié ici pour mémoire):

J’avais entendu Robert Darnton utiliser cet argument, de la multiplication des recueils d’extraits à la Renaissance. Je trouve que c’est mal placer le débat: personne de sérieux ne prétend que l’internet a inventé le mode de lecture que tu appelles « segmentaire » et que j’appellerais plutôt d’accès direct ou informatif. La question posée par des gens comme N. Carr est celle de la disparition de la lecture suivie, séquentielle, à long empan d’attention. En d’autres termes la question n’est pas d’une apparition (Illich montre bien comment c’est avec le moment scholastique, donc dès avant l’imprimerie, que se multiplient les techniques documentaires permettant l’accès direct, non séquentiel) mais d’une disparition et, au-delà des lamenti apocalyptiques, je crois la question pertinente.

D’ailleurs, s’agissant de la confection d’extraits, loin de s’opposer à la lecture suivie, n’est-elle pas souvent une activité parallèle à celle-ci, au moins lorsqu’elle se fait sérieuse (et je crois que c’est la lecture séquentielle « sérieuse » qui fait vraiment question, plutôt que la lecture de roman – mais c’est tout une autre histoire)?

Mise à jour (110217): L’échange a rebondi sur VH, me le rappelle la mention que Cécile Arènes a bien voulu faire de ce billet sur son blogue. Pour mémoire, toujours, je reporte cet échange ici, après le saut.

Nous sommes ce que nous lisons
5 février 20:21, par Christian Jacomino

Il est des lectures sérieuses qui exigent une stricte observance de l’ordre et de l’intégralité. Je songe à celle que F. Ricci nous recommandait concernant le Discours de la méthode. Inversement, il est des lectures romanesques qui admettent la fragmentation. Voici longtemps que je m’étonne d’une différence (ou d’une opposition) (encore une) entre la culture anglo-saxonne, qui fait une si grande place aux anthologies et aux versions abrégées, et notre culture nationale qui se montre si réticente à les admettre. Je me souviens d’avoir rencontré des travaux (récents) de didacticiens du français qui enjoignaient les maîtres d’école à refuser les anthologies de poésie au profit de recueils complets. Mais non, je ne rêvais pas…

6 février 09:48, par Michel Roland-Guill

« Lectures sérieuses », oui c’est bien à cela que je pensais. L’exemple que je prends généralement lorsque je veux parler de lecture suivie non romanesque, c’est celui de la Critique de la Raison Pure. On pourrait interpréter Nietzsche comme une rupture dans le mode d’écriture/lecture en philosophie.

Quant aux anthologies, je n’ai jamais épousé le mépris dont étaient accablés les Lagarde et Michard. Si j’ai lu, par exemple, les Confessions de JJR, c’est grâce au Lagarde et Michard. Cela étant, et c’est là le point important de cette discussion, l’effet de la lecture suivie des Confessions a été tout autre que celui des extraits, irremplaçable et d’une autre nature.



2 Responses to “Darnton, lecture fragmentaire et citations (commentaire sur VH)”

  1. 1 kevin

    Oui, le Lagarde et Michard est irremplacable pour connaitre la litterature francaise. Cela est à la mode de le critiquer, mais tout recemment un site en fait l’éloge ( http://www.a-lire.info/lagarde_michard.html)


  1. 1 Liber, libri, m. : livre » Blog Archive » Apologie du livre | Robert Darnton

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